Bonsoir !
Votre serviteur a démonté plusieurs viseurs Leitz à miroir afin de les nettoyer, notamment du type dont il est question ici.
Comme je l’écrivais
ci-dessus, le démontage est une opération assez complexe et risquée ; il faut bien sûr d’abord dissoudre le baume du Canada scellant la grande lentille antérieure, puis extraire les différentes autres pièces étroitement juxtaposées qui étaient maintenues par cette lentille. Ces pièces sont donc simplement "empilées" mais leur extraction n’est pas facile, contrairement à ce que l’on pourrait penser : cette pile ne tombe pas d’elle même lorsqu’on oriente le boîtier vers le bas, même en le secouant doucement (on n'entend d'ailleurs alors rien remuer à l'intérieur). À mon avis, l’explication est la suivante : les pièces frôlent les faces internes du boîtier et tiennent "par habitude" depuis souvent plus d’un demi-siècle, y adhérant probablement par un peu de crasse accumulée. Ces pièces fragiles ne sont pas accessibles, aucune prise n’est facile de sorte que - comme je l’écrivais - l’opération s’avère assez risquée ; dans certains cas, mieux vaut renoncer à tout extraire : le mieux est l’ennemi du bien…
J'ai un viseur 21 mm Leitz dont l'intérieur ressemble plus à celui d'une grange qu'à un viseur

> donc inutilisable car opaque et sale.
On pourrait se demander comment il est possible qu’un tel viseur puisse devenir dans cet état de saleté, puisque sa grande lentille antérieure est scellée sur toute sa périphérie rectangulaire : il paraît donc totalement étanche
*. Je suppose que lorsque il devient dans un tel état, c’est parce qu’une partie du baume du Canada sertissant cette lentille a disparu à certains endroits
**, ce qui a ouvert la voie aux poussières.
* hormis un minuscule orifice en dessous servant probablement à équilibrer la pression interne avec la pression atmosphérique (remarquons cependant que les viseurs Leitz à miroir de petite dimension n’en comportent pas).** je l’ai constaté sur certains viseurs ; cette substance peut à la longue se craqueler et de petits morceaux de baume peuvent alors s’échapper…M’éloignant un peu du sujet (mais le principe demeure le même), voici schématiquement une coupe longitudinale horizontale à mi-hauteur du viseur
SBLOO (35 mm), suivie de commentaires ; j’avais dessiné cela lors de mon premier démontage (viseur illustré
ici).

Ce viseur comporte trois éléments optiques :
- Face avant, une grande lentille divergente plan-concave rectangulaire.
- Un miroir sphérique ménageant une large fenêtre rectangulaire claire, l’argenture n’est donc que périphérique.
- Contre l’oculaire, une lame à faces parallèles circulaire portant sur sa face interne le dessin du cadre, réalisé par argenture (les deux points rouges sur le schéma correspondent à la section à mi-hauteur des deux largeurs verticales du cadre).
Ces trois éléments optiques sont séparés et maintenus par deux "cages" (une "cage annulaire" dans la partie arrière cylindrique, et une "cage pyramidale" dans la partie avant) ; ces appellations sont de votre serviteur. Lors de la restauration de ce SBLOO, je n’ai pas eu à ôter la "cage annulaire" mais je suppose qu’elle existe (c’est le plus rationnel). Je n’ai pas non plus dû ôter la "cage pyramidale", mais je l’ai vue étroitement appliquée contre le boîtier ; elle tenait bien en place et n’est pas tombée toute seule ! La "cage pyramidale" sert de butée à la grande lentille divergente plan-concave, qui s’y applique par ses quatre sommets arrières (c’est-à-dire par ses angles). Le "trou d’aération" sous le boîtier (ce minuscule orifice évoqué plus haut) n’est pas en regard de l’orifice correspondant de la "cage pyramidale", mais au contraire situé à l’opposé (cela crée une chicane anti-poussières mais laisse l’air passer).
L’ensemble est étroitement ajusté, engagé "en pile" par l’avant du boîtier, et tient en place parce que la grande lentille divergente est scellée contre le boîtier le long de ses quatre larges bords, au moyen de baume du Canada (ce baume correspond aux deux petits traits rouges verticaux sur le schéma). La lame à faces parallèles est probablement également scellée au baume contre l’oculaire, pour assurer l’étanchéité contre les poussières.
Quel est le fonctionnement sur le plan optique ?
- La grande lentille divergente plan-concave procure à elle seule l’image du sujet visé, avec "recul" puisque elle est divergente ; cette image est envoyée à l'infini ; l’oeil observe le sujet visé par l’oculaire, à travers la lame à faces parallèles et la fenêtre "ouverte" dans le miroir.
- Le cadre est situé dans le plan focal du miroir sphérique, qui le projette à l’infini vers l’arrière, donc à travers la pupille de l’observateur.
- Les deux images (sujet visé et cadre) se superposent sur la rétine, où le cadre apparaît illuminé car il est argenté et reflète la lumière qui l’éclaire depuis l’avant.
On parle de "viseur collimaté" ou de "viseur à cadre projeté" ; ce principe est celui des différents viseurs Leitz à miroir.
Les viseurs SLOOZ et SBKOO (28 et 21 mm) sont un peu plus compliqués, mais leur principe demeure le même. Afin d’augmenter leur divergence (donc le "recul"), ils comportent deux (SLOOZ) et trois (SBKOO) grandes lentilles divergentes plan-concaves rectangulaires superposées, au lieu d’une seule dans le SBLOO ; leur "cage pyramidale" est remplacée par une "cage rectangulaire" beaucoup moins haute. En raison de la forme des boîtiers de ces viseurs, la "cage annulaire" est tronc-conique.
Je terminerai par une remarque hors-sujet à propos du superbe viseur
SBOOI (50 mm) : la face antérieure ne comporte pas de lentille mais simplement une lame à faces parallèles, de sorte que l’image est vue en grandeur nature et que le photographe peut conserver les deux yeux ouverts.
Jean D.