Cyclimse a écrit :
Laurentß a écrit :
Vous pensez vraiment aux centimes dépensés à chaque déclenchement ?
Personnellement, je ne dirais pas que je compte. Mais étant donné que je ne fais que de la diapo, par la force des choses, "ça" compte. Film + développement, je frise le déclenchement à 1 Euro et même si j'ai fait de sérieuses réserves de Provia 400X avant que Fuji ne discontinue le dernier inversible 400 ISO du marché, chaque déclenchement me rapproche de la fin et je pense que ce dernier point me freine (ou m'assagit !) au moins un peu. Plus que le coût, en fait, c'est l'approche du dernier film qui me pèse. Le fait est que je me "lâche" moins devant un sujet que je ne le faisais il y a quelques années, mais je préfère me dire que c'est une forme de maturité qui parle et que je suis beaucoup moins dispersé. Je pense que je photographie moins, mais mieux qu'il y a 20 ans, quand un film diapo 36 poses coûtait 15 Francs et non 15 Euros et où l'on (du moins je) n'imaginait pas vraiment qu'un jour, cet inéluctable compte à rebours serait lancé.
Ensuite, il est aussi question de sujet. En perso, je travaille sur le vif, il est assez rare que j'ai le temps de faire deux déclenchements successifs. Mais je me suis rendu compte que même face à un sujet plus posé (ou bien quand, moi, je le suis, plus posé), il est peu fréquent que je fasse plus de 3 photos car passé cette limite, je perds toute forme de spontanéïté, d'émotion, je réfléchis, calcule froidement et m'ennuie ferme. Et je pense que cela se sent dans les photos, que finalement, je n'ai pas envie de montrer.
Je pense que la seule chose que j'essaie de compter consciemment AVANT de décencher, c'est le nombre de fois que j'ai déjà vu, ou déjà fait, la photo que je m'apprête à faire ! Mais là, plus qu'un frein, je vois une réserve, une économie. Un peu poreuse, il est vrai, d'où, selon moi, l'importance capitale de prendre du recul par rapport à la prise de vues lors du douloureux et si long processus d'editing. J'ai besoin qu'une photo me suprenne et mémeuve, sans doute est-ce aussi pour cela qu'il m'arrive de déclencher à l'instinct. Sans doute est-ce pour cela que je n'envoie mes films au labo que quand je n'ai plus la moindre idée de ce qu'il peut y avoir dessus. Sans doute pour cela que j'édite très lentement et très tard.
Mais j'insiste, quand je parle d'instinct, je pense à une forme d'intuition et je pense que derrière chaque "fulgurence" réside une réflexion inconsciente liée à l'expérience qui borne un peu la chose et évite, généralement, de faire (complètement) n'importe quoi. Un peu comme l'impro au théâtre, qui, paradoxalement… se travaille !